Limonov, d’Emmanuel Carrère (2011)

limonovTitre : Limonov

Auteur : Emmanuel Carrère

Année : 2011

Genre : Biographie romancée

Prix : Prix Renaudot 2011

Histoire :

Edouard Limonov, figure littéraire et politique emblématique russe, a eu une vie d’exception. Depuis sa naissance et son enfance sous le régime de Staline, Carrère raconte son parcours dans la Russie de la deuxième moitié du Xxème siècle, avec ses œuvres écrites, ses femmes, ses rêves de gloire.

Critique :

Si Limonov ne fera pas partie de mes romans favoris, il reste néanmoins un véritable choc. Je suis née après la chute de l’URSS et je connais l’Histoire russe de manière très très superficielle, mais j’ai été véritablement happée par ce voyage dans la Russie (et les Etats-Unis) vue par Limonov et Carrère, même si j’ai été parfois un peu perdue par tous les noms et les événements historiques. Cependant, l’élément le plus extraordinaire du livre est le personnage de Limonov lui-même. Il y avait bien longtemps que je n’avais pas croisé un personnage aussi marquant et complexe. On ne peut ni l’aimer ni le détester. On ne peut s’empêcher de froncer les sourcils en découvrant certaines de ses prises de positions et actes, notamment à Sarajevo (ce qui avait déjà scandalisé à l’époque). Limonov est également sûr de lui et peut paraître parfois antipathique. Pourtant, Carrère qui semble lui aussi partagé à certains moments sur son ressentiment pour le dissident nous donne envie de le suivre, de la comprendre. On finit par avoir envie qu’il réussisse et quoiqu’il en soit sur ce qu’on pense de lui à la fin du roman, on ne peut que avoir été marqué profondément par cette homme à la personnalité et à l’engagement très forts. Quant au style de l’auteur, Carrère utilise une écriture parfois documentaire et didactique, mais pourtant très agréable. N’hésitant pas non plus à donner son avis et des indications sur son propre parcours, il réussit le pari de cette biographie qui semble toujours être entre fiction et réalité, tout en rajoutant parfois de l’humour noir ou cynique qui apporte aussi beaucoup, notamment au personnage principal. Un roman très marquant et très intéressant à lire qui a eu le prix Renaudot en 2011 et qui le mérite !

Les Liaisons dangereuses, de Choderlos de Laclos (1782)

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Titre : Les Liaisons dangereuses

Auteur : Choderlos de Laclos

Année : 1782

Genre : Classique, roman épistolaire

Histoire :

A travers les lettres échangées entre les différents personnages, nous découvrons le vicomte de Valmont et la maquise de Merteuil, deux libertins amis et anciens amants mais pourtant en compétitions dans la séduction et les conquêtes. Valmont décide de séduire la vertueuse présidente de Tourvel et la marquise le met au défi de corrompre également la jeune et innocente Cécile de Volanges.

Critique :

Une longue lecture qui explique en partie le fait que je n’ai pas posté depuis longtemps, mais un roman très intéressant…

Contrairement à ce que le titre et le résumé semblent indiquer, Choderlos de Laclos n’a pas écrit un livre de libertinage, mais seulement un roman de mœurs où l’auteur dénonce le Mal régnant et corrompant même les personnages les plus vertueux. A travers de nombreuses lettres, il présente différents types de personnages ciselés et excellemment bien approfondis : le duo Valmont/Merteuil, de véritables libertins qui n’ont pour seul objectif les conquêtes et leurs « proies » (principalement Cécile de Volanges et la présidente de Tourvel). Valmont est un homme rusé, intelligent et donc dangereux. Il use de tous les moyens pour corrompre qui il veut et pour arriver à ses fins. Il semble maître de tout, comme son ancienne maîtresse, la marquise de Merteuil, libertine expérimentée et sans pitié mais qui, face au reste de la société, porte le masque de veuve vertueuse. A noter que les deux sont magnifiquement interprétés au cinéma par John Malkovitch et Glenn Close dans l’adaptation (parmi tant d’autres) du réalisateur Stephen Frears.

Dans son tableau des rapports amoureux et libertins mais aussi du besoin de vengeance, Choderlos de Laclos est particulièrement subtil et les passions des personnages sont par conséquent très convaincantes. En plus d’être soutenu par cela, l’œuvre est d’autant meilleure qu’elle est extrêmement bien écrite. Le style d’écriture est vraiment très beau malgré sa complexité, et les mots sont au service des sentiments des personnages et superbement bien utilisés.

Un classique à ne pas manquer, donc, et qui reste quand même très moderne !

Du côté de chez Swann (A la recherche du temps perdu, tome 1), de Marcel Proust (1913)

FC_Proust-Du cote.inddTitre : Du côté de chez Swann (A la recherche du temps perdu, tome 1)

Auteur : Marcel Proust

Année : 1913

Genre : Classique

Histoire :

Du côté de chez Swann est divisé en trois parties. Nous découvrons dans la première les souvenirs d’un jeune garçon vivant à Combray. La deuxième est consacrée à Swann, un homme qui fréquente la famille du jeune garçon et dont une des histoires d’amour est contée (Un amour de Swann). La troisième et dernière partie évoque elle les rêveries du jeune garçon de Combray.

Critique :

Moment difficile. Je vais devoir critiquer Proust, qui fait partie de ces auteurs pas facile à juger parce qu’ils sont des monuments connus et reconnus. Proust encore plus, il m’a fait bien peur, sa réputation le précède. Le pavé, je l’ai lorgné en me demandant ce que j’allais trouver dedans, si ça allait me plaire, si j’allais m’ennuyer. J’ai inspiré à fond en l’ouvrant à la première page. C’est comme rentrer dans un temple, une cathédrale ou un palais : vu de l’extérieur, c’est impressionnant. Mais que vais-je trouver à l’intérieur ?

Pour Proust, c’est indéniable, ce qu’on trouve à l’intérieur est beau. Moi qui pensais que les gens exagéraient en disant que les phrases font deux pages, j’ai découvert que la « légende » était vrai. Mais j’ai aussi découvert que une fois plongée dans le livre, ce n’est pas un obstacle. Il suffit de prendre son temps, de s’imprégner de l’ambiance. Ça peut être cependant très difficile, il faut en convenir. Finalement, c’est avec surprise que je me suis ennuyée à la deuxième partie « Un amour de Swann », qui est un roman dans le roman et qu’on fait généralement lire en cours de littérature. Je pensais donc que ce serait la partie la plus intéressante et la plus vivante à cause de l’histoire qui y est racontée, mais finalement, pas du tout. Ce récit d’un homme jaloux ne m’a pas intéressée, et j’ai été ensuite bien contente de retrouver les souvenirs de ce jeune garçon qu’est en réalité Proust sans que cela ne soit dit explicitement.

Ce qui ressort donc de cette œuvre sacrée, c’est donc une ambiance merveilleuse, un style superbe qui pourrait pourtant en effrayant certains mais qui pour ma part m’a presque ensorcelé, une fantastique peinture du souvenir et malheureusement, quelques moments d’ennui. Ce qui ne m’empêchera pas, quand j’aurais cependant bien digéré ce premier volume, de lire le tome suivant d’A la recherche du temps perdu, A l’ombre des jeunes filles en fleur, dont le titre me plaît déjà.

14, de Jean Echenoz (2012)

14Titre : 14

Auteur : Jean Echenoz

Année : 2012

Genre : Roman historique

Histoire :

1914, Vendée. Deux hommes partent à la guerre et Blanche les attend tous les deux. Vont-ils revenir et dans quel état ?

Critique :

N’ayant eu aucun avis avant ma lecture sur ce livre à part quelques souvenirs de critiques entendues par des journalistes pendant la rentrée littéraire 2012, je me suis retrouvée à première vue très surprise par le roman qui était plus court que je ne l’imaginais. Quatre ans de guerre racontés en un peu plus de cent pages écrit en caractères plus gros que ceux de Martine, ça m’a paru très louche. Je ne connaissais pas l’écriture de Jean Echenoz, et j’ai découvert qu’elle est très minimaliste, ce qui en général ne me plaît pas trop. Mais j’ai passé outre et ai continué ma lecture, « adorant » le thème de la première guerre mondiale (sinon ce livre ne serait sûrement pas arrivé dans ma PAL) et voulant enfin découvrir ce livre qui se trouvait sur ma PAL depuis des lustres. Mon impression est plutôt positive, mais je reste mitigée sur certains points qui m’ont beaucoup gênée.

Premièrement, c’est en effet le roman qui est vraiment trop court, à peine le temps de se plonger dans la guerre qu’on en ressort déjà. Sans vouloir spoiler, inutile de parler des personnages, qu’on a à peine le temps de découvrir et auxquels je n’ai pas eu le temps de m’accrocher, à part peut-être les deux principaux, et encore. Ce sont des figures passagères dont on a même du mal à comprendre les liens entre eux parfois, tellement c’est flou et minimaliste, peut-être pour montrer à quel point les hommes sont anonymes dans cette terrible guerre, mais ça ne m’a pour ma part pas tellement convaincue, plus perdue qu’autre chose.

Ensuite, pour continuer sur les points négatifs, je citerai ce qui arrive souvent dans les romans historiques, et qui se voit ici d’autant plus que le livre est court : c’est cette manie de « citer ses recherches », finalement. J’ai trouvé Echenoz trop démonstratif sur le côté historique, certaines explications auraient pu être plus subtiles.

Je m’arrête ici sur les points négatifs, qui donneraient l’impression que je n’ai pas du tout aimé ce roman, ce qui est faux : il reste quand même que l’auteur donne une image intéressante de la guerre et que le livre est très intéressant à lire, surtout lorsqu’on s’intéresse à cette guerre. Je pourrais donc citer « 14 » comme un bon roman sans être excellent et qui me semble malheureusement trop expéditif sur cette guerre longue quand même de quatre ans.

Le Malade imaginaire, de Molière (1673)

lemaladeimaginaireTitre : Le Malade imaginaire

Auteur : Molière

Année : 1673

Genre : Théâtre, classique, comédie

Histoire :

Argan est un homme qui est persuadé d’être malade et qui décide de marier sa fille à un médecin. Mais sa fille est amoureuse d’un autre…La moqueuse servante Toinette décide alors d’arranger les choses…

Critique :

Le Malade imaginaire, dernière pièce de Molière, me réconcilie avec un des dramaturges français les plus connus. J’avais détesté Le Misanthrope et Le bourgeois gentilhomme, décrochant à peine un sourire, les personnages ne m’intéressant pas ni même l’intrigue. Mais cette dernière œuvre m’a beaucoup surprise : dès le début, les personnages sont attachants, même les secondaires. L’intrigue est simple (mais sans l’être trop, c’est positif, au contraire),  intéressante, sans avoir trop de personnages, et surtout, et c’est ce qu’on attendrait quand même de Molière : c’est drôle ! La servante Toinette se permet des commentaires moqueurs et très comiques, et Argan, obsédé par sa soi-disant maladie et se sentant assailli de partout, est hilarant, notamment lors de passages jouant sur le comique de répétitions, avec deux personnages se répondant très rapidement et se confrontant par la parole, mais Argan étant généralement dépassé. Molière est également extrêmement critique envers les médecins et se met même en abîme dans la pièce, le personnage d’Argan se fâchant contre cet auteur qui n’aurait donc pas honte de se moquer ainsi des médecins !

Le Malade imaginaire est donc une belle surprise, dernière pièce de Molière mais qu’il faudrait peut-être lire en premier, car elle semble être plus aboutie que d’autres tout aussi connues mais moins intéressantes.

La Peste, d’Albert Camus (1947)

lapesteTitre : La Peste

Auteur : Albert Camus

Année : 1947

Genre : Classique

Histoire :

Le docteur Bernard Rieux vit à Oran, en Algérie. Un jour, il découvre devant sa porte un rat mort, qui est en fait le premier d’un longue série. Une épidémie de peste se déclare alors également chez les humains…

Critique :

Malgré mon allergie à L’étranger, j’avais quand même laissé La Peste sur ma PAL, pour ne pas m’arrêter à une seule œuvre de Camus et parce qu’il s’agit quand même d’un classique que je voulais découvrir. De plus, l’histoire m’inspirait pas mal et en feuilletant le livre, le style m’avait semblé quand même bien différent de celui de L’étranger. Et finalement, je ne regrette absolument pas ma lecture, qui est une très « jolie » surprise. La peste, symbolisant en réalité l’occupation allemande, est décrite d’une manière extraordinaire et on est littéralement pris dans l’épidémie et contaminés par ce roman. Camus ne parle pas seulement de l’aspect médical de la peste, mais surtout des réactions de la population et quels mouvements accompagnent cette épidémie, et c’est cela qui est intéressant. Oran, ville normale dans laquelle on pourrait y reconnaître la sienne, les habitants, normaux eux aussi, dans lesquels on pourrait reconnaître nos voisins. On finit vraiment par faire partie d’Oran, on se promène dans ses rues, on étouffe dans la chaleur de l’été et parce qu’on sent l’odeur de la maladie et des morts.

Contrairement à L’étranger qui m’avait marqué tant je n’avais pas aimé et qui ne m’avait pas du tout emporté, cette œuvre différente de Camus m’a elle bouleversée et parfois même choquée pendant certains passages et moments de l’histoire. Une lecture que je conseille donc à n’importe quel type de lecteur et lectrice, qui est absolument à découvrir et qui, à mon humble avis, ne peut laisser personne indemne.

Le deuxième sexe, de Simone de Beauvoir (1949)

ledeuxiemesexeTitre : Le deuxième sexe

Auteur : Simone de Beauvoir

Année : 1949

Genre : Essai, philosophie

Critique :

Avant tout, petite présentation de ce livre pour celles et ceux qui ne le connaîtraient pas : « Le deuxième sexe » est composé de parties qui semblent très différentes mais qui en fait permettent de comprendre au fur et à mesure ce à quoi Simone de Beauvoir veut nous mener, il y a vraiment un fil conducteur. Dès l’introduction, on apprend des choses et moi qui avait peur de ne pas tout comprendre, j’ai pu dès le début bien suivre. Ensuite, la philosophe présente la femme d’un point de vue biologique et psychanalytique, avant de refaire l’Histoire de la femme (en Occident!).

Ce chapitre m’a paru très intéressant, d’autant plus que Simone de Beauvoir (et cela s’est confirmé par la suite) n’est pas radicale et reconnaît les « torts » des hommes autant que ceux des femmes. Même si elle est par moment très ironique et qu’elle s’attaque parfois à certains anti-féministes, c’est toujours de manière réfléchie et très finement. Dans ce chapitre sur l’Histoire (qui remonte d’ailleurs jusqu’à la Préhistoire), Beauvoir parle des femmes et des relations entre les deux sexes. Elle décrit leurs conditions de vie à chaque époque, la vision que les hommes et les femmes avaient les uns sur les autres. Elle cite également des personnages illustres qui ont marqué l’Histoire des femmes, fait parfois des retours en arrière mais ne nous perd pourtant jamais. Elle conclue ce chapitre avec cette phrase qui le résume bien et qui est maintenant devenue célèbre : « Toute l’histoire des femmes a été faite par les hommes ».

Après une partie nommée « Mythes » sur les différentes visions de la femme (et le « mythe féminin ») mais aussi sur les points de vue différents d’écrivains, Beauvoir commence la partie la plus longue (« Formation ») par une phrase elle aussi devenue très connue : « On ne naît pas femme, on le devient ». Et en effet, dans les chapitres qui suivent, la philosophe nous montre ce qu’est la vie d’une femme, de l’enfance à la vieillesse, en passant par la jeune fille ou encore la mère. Tout un cheminement qui mène Simone de Beauvoir à finir son livre par des propositions, des solutions qui selon elle aideraient les femmes à être enfin indépendante et libre. Pour résumer brièvement, il y aurait selon elle deux choses qui le permettrait : l’égalité au travail entre les hommes et les femmes (mêmes salaires, postes et considération) ainsi que la libre contraception.

Il m’a fallu bien du temps pour lire cet essai philosophique (premier que je lis réellement), mais non pas à cause de sa longueur mais surtout pour comprendre tout ce qu’il contient. En effet, le texte de Simone de Beauvoir est très intéressant mais très dense et certains chapitres sont un peu plus difficiles à comprendre.

Une des principales craintes en commençant ce livre était qu’il ne soit finalement plus vraiment d’actualité. Il a été écrit en 1949, et les choses ont beaucoup évolué pour les femmes en un peu plus de 50 ans. Pourtant, même si certains éléments n’ont plus cours aujourd’hui (notamment sur la question du mariage), il se trouve cependant que d’autres perdurent encore. On pourrait dire que la femme est libre de travailler aujourd’hui, mais est-elle vraiment égale aux hommes dans ce domaine ? Même malgré les avancées faites, il reste encore des inégalités et on ne connaît que trop bien « le plafond de verre ». Et la libre contraception ? Simone Veil a permis de grandes choses, et pourtant, en fermant le livre de Simone de Beauvoir, je me suis dit que finalement, même avec la libre contraception dans les textes de lois, les mentalités n’avaient peut-être pas encore totalement évolué. Il y a encore du chemin à faire, et le texte de Simone de Beauvoir reste encore aujourd’hui un livre très important et sur le fond, il est (malheureusement) toujours d’actualité.

L’Oeuvre, d’Emile Zola (1886)

loeuvreTitre : L’Oeuvre

Auteur : Emile Zola

Année : 1886

Genre : Classique

Histoire :

Claude Lantier, fils de Gervaise Macquart et d’Auguste Lantier, est devenu peintre et est installé à Paris dans son petit atelier. Un soir qu’il pleut, il retrouve devant sa porte une jeune fille nommée Christine, qui devient sa muse. Mais ses peintures sont mal reçues, Claude devient un artiste continuellement insatisfait et qui ne finit plus grand chose. Epaulé pourtant par Christine, il sombre peu à peu dans la folie en essayant d’achever une œuvre sur une toile géante…

Critique :

L’Oeuvre n’est de loin pas le meilleur roman d’Emile Zola, suivant le même schéma que l’Assommoir par exemple (l’histoire de Gervaise, mère de Claude), où le personnage principal sombre peu à peu dans la misère et la morosité, ce qui explique pourquoi la première moitié du roman est bien plus facile à lire.

Les personnages secondaires, bien que je m’y suis perdue un peu parfois (notamment avec tous les amis artistes, sauf les principaux), sont tout aussi attachants que Claude et parfois bouleversant. Il y a Christine bien sûr, qui soutient sans relâche son artiste et qui doit lutter contre cette œuvre qui finit par le prendre tout entier, ses amis comme Sandoz mais surtout un autre personnage, qui m’a beaucoup interpellé : l’enfant de Christine et Claude, Jacques. Leur œuvre à eux deux finalement, mais qui pâtit du métier et de la passion démesurée de son père pour son art. Et même lui, dans le pire, devient quelque chose à observer pour Claude, quelque chose à peindre. Car pour Claude comme pour Zola finalement, tout est à observer, tout est à peindre et  tout est à écrire.

L’Oeuvre est en effet surtout intéressant pour sa réflexion sur l’art. Pour le peintre Claude et son ami l’écrivain Sandoz, Emile Zola s’est inspiré en fait de lui-même et de son ami Cézanne. Zola, quand il parle des espoirs et des désespoirs de l’artiste, sait donc de quoi il parle. L’auteur naturaliste dresse une très belle peinture de la figure du peintre continuellement insatisfait, critiqué par le public et totalement obsédé par son art. Mais il décrit aussi très bien le monde de l’art en général, cela à travers les amis et les personnages qui entourent Claude : celui qui a du succès, celui qui veut faire du profit, celui qui veut conduire certains artistes à la gloire grâce à ces articles, etc…Il le fait à travers de scènes très bien écrites qui se déroulent dans le Salon, lieu où des centaines et des milliers de peintres exposent. Zola présente alors très bien les angoisses de l’artiste, cherchant où est placé son œuvre, son bébé, puis épiant les visiteurs et leur réaction, de peur qu’elle ne plaise pas parce que trop innovante. Une peur que Zola devait sûrement ressentir lui-même quand ses livres étaient publiés, et qu’il retranscrit très bien. Il parle aussi de la querelle entre les Anciens et les Modernes, querelle qui finalement continue dans certains arts, sauf que les Modernes sont devenus les Anciens. L’art, en continuelle évolution…

Mystère rue des Saints-Pères, de Claude Izner (2003)

mystereruedessaintsperesTitre : Mystère rue des Saints-Pères

Auteur : Claude Izner

Année : 2003

Genre : Policier historique

Histoire :

Pendant l’été 1898, un événement incroyable se déroule dans la célèbre ville de Paris : l’Exposition Universelle. La Tour Eiffel vient d’être construite et attire déjà les foules. Cependant, se promener dans l’Exposition Universelle ne semble pas sans danger…Des personnes meurent après avoir été apparemment piquées par des abeilles. Le libraire Victor Legris va se retrouver plonger dans ce mystère et va résoudre sa première enquête…

Critique :

Depuis longtemps déjà les livres de Claude Izner (qui est en réalité un pseudonyme pour deux sœurs!) me faisaient de l’œil à la librairie, à cause de leur couverture à tomber par terre et de leur titre mystérieux. La série nous plonge dans le Paris de la fin du XIXème siècle avec un nouveau détective, libraire au départ, nommé Victor Legris. Paru il y a maintenant déjà dix ans, « Mystère rue des Saints-Pères » est le premier, avec Legris résolvant sa première enquête. Et c’est un début prometteur d’une longue série de livres toujours en cours d’écriture et de publication (le dernier paru en 2012, « Minuit, impasse du cadran »)…

Le principal point fort du roman vient du fond de toile de l’histoire, c’est à dire le Paris de l’Exposition Universelle de 1898. Claude Izner nous décrit notre capitale de manière très vivante et colorée. Il y a beaucoup de références à l’époque, avec des apparitions de personnages ayant vraiment existé, ainsi que beaucoup de livres cités. Je regrette d’ailleurs un peu toutes ces références littéraires qui, bien qu’intéressantes, sont parfois un peu « grosses » et à force d’en mettre plein dans les dialogues de certaines personnages (je pense notamment à ceux de Joseph), on perd un peu de naturel, du moins c’est mon ressenti. Quand à l’écriture, elle est très agréable, permet une lecture très entraînante et il y a très peu de moments ennuyeux. L’enquête est cependant un peu décousue, malgré les retournements de situations bien égrenés tout au long du roman, et Victor Legris donne l’impression de seulement tâtonner à certains moments et de ne pas vraiment enquêter, seulement d’avoir des soupçons. Mais j’ose penser que pour ses prochains mystères, il gagnera en professionnalisme et en expérience. Et pour finir, les personnages principaux comme les plus « secondaires » sont très attachants, et j’ai hâte de voir leur évolution dans les prochains tomes que je découvrirai avec plaisir.

Un beau moment de lecture donc, sans être pour autant le coup de cœur de l’année…

Dix mois dans les maquis de Tito, de Lucien Bergantz (2002)

dixmoisdanslesmaquisdetitoTitre : Dix mois dans les maquis de Tito

Auteur : Lucien Bergantz

Année : 2002

Genre : Témoignage

Histoire :

Lucien Bergantz est un « malgré-nous », un jeune alsacien de 18 ans incorporé par les Allemands contre son gré pendant la deuxième guerre mondiale.

Critique :

Par manque de temps, je lis très peu de biographies ou de témoignages comme celui-ci. Quand notre professeur d’histoire nous a proposé quelques livres sur des témoignages de « malgré-nous », je me suis dit que c’était l’occasion d’en lire un et j’ai pioché celui-ci. Il faut que je précise que Lucien Bergantz est alsacien et j’ai découvert en lisant le livre qu’il vivait à Dornach, qui est une ville que je connais bien et où je vais assez souvent. Il parle de la gare de Mulhouse  décorée de drapeaux nazis, alors que c’est une gare où je vais toutes les semaines ! « L’identification » est donc beaucoup plus facile et contrairement peut-être à d’autres Français (qui, attention !, doivent également lire ce livre ne serait-ce pour découvrir ce qu’étaient exactement les « Malgré-nous »), nos cours d’histoire sur la deuxième guerre mondiale et l’occupation en Alsace nous marquent d’autant plus que ce sont des choses qui se sont passées là où nous vivons aujourd’hui. Parfois, certains jeunes ont même des grands-parents alsaciens qui ont vécu la guerre et notre professeur nous rapporte parfois des récits qu’il détient de sa propre famille. Tout ça pour dire que, forcément, le témoignage de Lucien Bergantz m’a d’autant plus touchée et émue. Son destin est, comme celui de beaucoup de soldats, incroyable et insolite. Illustré en plus avec quelques photos et dessins, le livre en est d’autant plus intéressant et je suis plusieurs fois revenue à la première page pour regarder à nouveau la photographie de Lucien Bergantz à 18 ans, âge où il a été incorporé par les Allemands. La manière dont il nous raconte son histoire nous fait penser à nos propres grands-parents nous racontant leur propre histoire. C’est donc d’autant plus émouvant : ce ne sont pas des dates et des faits appris à l’école, mais bien une histoire humaine. Cependant, un point négatif m’a perturbée pendant la lecture de ce livre : le style d’écriture est parfois perturbant et manque de fluidité et certains éléments sont mal encrés dans les autres. Pour nous parler de certains points historiques, le ton est d’un coup plus froid et presque militaire, et cela tranche beaucoup avec le reste de l’histoire. C’est donc l’écriture qui panne un peu, sans pour autant nous empêcher d’apprécier cette histoire qui doit nous rappeler à quel point notre passé est important et ne doit pas être oublié. Des témoignages comme celui de Lucien Bergantz ou même ceux de nos grands-parents ne doivent pas tomber dans l’oubli, à aucun prix. Ils sont très importants.